Edoh Kossi Amenounvé, Directeur général de la BRVM

À l’occasion de la 4e édition du BRVM Investment day, le directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières, installée à Abidjan, est revenu pour « Jeune Afrique », sur sa stratégie de développement.

C’est au Jumeirah Emirates Towers, au cœur de Dubaï International Financial Centre (DIFC), qui fête en ce mois d’avril ses dix ans, que les dirigeants de la BRVM ont réuni, ce 18 avril, une centaine d’acteurs des marchés financiers (courtiers internationaux et régionaux, représentants de fonds d’investisssement, diplomates, décideurs politiques…) pour exposer le potentiel de cette place commune aux huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).

Stabilité politique au niveau régional, croissance économique soutenue depuis plusieurs années dans l’ensemble des pays membres, un marché de plus de 100 millions d’habitants soit autant de consommateurs… Ils n’ont pas manqué d’arguments pour convaincre les représentants des investisseurs des Émirats Arabes Unis de s’intéresser davantage aux opportunités que peut offrir la bourse basée à Abidjan.

Jeune Afrique : après Paris, Dubaï, et New York, vous avez organisé ce 18 avril au cœur du Dubaï International Financial Centre, la quatrième édition du “BRVM Investment Day ”. Quel bilan tirez-vous de ce type d’événement ?

Edoh Kossi Amenounve: La promotion du marché telle que nous l’avons démarrée depuis trois ans, a porté des fruits indéniables. La capitalisation a plus que doublé. Nous sommes passés de 3 100 milliards de FCFA en 2013 à 7 700 milliards de FCFA en 2015 (1,17 milliard d’euros). Nous avons également multiplié par trois les valeurs de transactions du marché qui ont atteint 313 milliards de F CFA à la fin de l’exercice 2015. Et au premier trimestre de cette année, nous avons déjà réalisé 115 milliards de FCFA de transactions. Nous sommes sur une tendance très positive sur l’ensemble des activités de la BRVM.

Que représentent les investisseurs étrangers dans les transactions réalisées à la BRVM ?

En termes d’actifs détenus, les investisseurs étrangers représentent 25% à la BRVM. Ce pourcentage est en recul par rapport aux années précédentes parce que les investisseurs régionaux ont aussi été très actifs sur le marché. Mais en valeurs, les actifs détenus par ces investisseurs étrangers ont augmenté. Ils ont doublé à l’instar de la capitalisation de la place.

D’où viennent ces investisseurs ?

Vous les connaissez, il s’agit de Franklin Templeton (société de placement) ou encore Exotix (banque d’investissement). lls viennent notamment de Londres et des États-Unis. L’Afrique du Sud monte aussi en puissance avec Standard Bank. Ce sont essentiellement ces investisseurs qui détiennent les parts les plus importantes des actifs détenus par les investisseurs étrangers. Notamment dans certaines valeurs clés comme la Société nationale des télécommunications (Sonatel), Ecobank Transnational Inc. (ETI) et l’Onatel (Burkina Faso).

Nous avons choisi de venir à Dubaï cette année parce que les investisseurs émiratis ne sont pas encore très actifs en Afrique de façon générale et en particulier au sein de l’Uemoa. À ma connaissance, le plus gros investissement qu’un de leur fonds souverains a réalisé en Afrique (de l’Ouest) a été celui dans le groupe Dangote (Investment Corp de Dubaï a investi 300 millions de dollars dans Dangote en septembre 2014, ndlr. Ils n’ont pas montré beaucoup d’appétit pour nos marchés.

 

« Les marchés africains sont les plus porteurs aujourd’hui, utilisez-les pour augmenter la rentabilité des fonds dont vous disposez. »

Le contexte actuel, marqué par le niveau bas du cours du pétrole est-il favorable pour attirer les investisseurs du Golfe ?

Ce qui est bien dans ces pays, c’est qu’ils constituent d’énormes réserves pour faire face aux moments difficiles. Les fonds émiratis ont encore beaucoup d’argent ! La chute du cours du pétrole a certes impacté leurs recettes actuelles mais leurs réserves en termes de fonds souverain à investir sont encore là. Nous voulons leur dire : les marchés africains sont les plus porteurs aujourd’hui, utilisez-les pour augmenter la rentabilité des fonds dont vous disposez.

La BRVM est-elle en mesure d’absorber les investissements provenant des fonds du Golfe ?

En attendant que nous puissions leur offrir un marché de taille suffisamment importante, ces fonds peuvent utiliser les courtiers internationaux ou encore les investisseurs sur les marchés frontières comme Templeton ou encore Exotix en leur confiant une partie de leurs ressources à investir. C’est pour cette raison que nous sommes ici à Dubaï, pour expliquer à leurs représentants comment notre marché est rentable et performant, de manière à ce que eux aussi à leur tour puissent convaincre les fonds émiratis de venir sur le marché Uemoa.

Si nous arrivons à attirer une partie des investissements des Émiratis, nous augmenterons considérablement la valeur des transactions à la BRVM. Mais, ils nous l’ont bien dit, il y a des condition à cela. La BRVM doit encore attirer de nouvelles sociétés. Il nous faut aussi, évidemment, plus informations sur les sociétés cotées à la BRVM et sur les sociétés qui rejoindraient la cote à l’avenir.

Y a-t-il aussi une volonté de les attirer vers les émissions de sukuk(obligations islamiques) qui se font de plus en plus nombreuses dans le sous-région ?

En effet, c’est aussi l’une des raisons de notre présence ici. Nos pays sont en train de diversifier les sources de financement en utilisant les produits islamiques. Après les émissions de sukuks en Côte d’Ivoire et au Sénégal, nous avons invité Islamic Corporation for the Development of the Private sector (ICD), le bras du secteur privé de la Banque islamique de développement, à venir expliquer comment il compte développer ses produits en Afrique et particulièrement dans notre zone. Et comment les investisseurs des Émirats Arabes Unis peuvent investir dans ces produits.

L’ICD annonce justement la création prochaine d’un indice islamique, en quoi cela consiste-t-il ?

Aujourd’hui, les sukuks ne sont pas cotés à la BRVM. Il est important de créer un marché secondaire pour permettre aux détenteurs de ces titres de les céder. On aura de plus en plus d’émissions de ce type. La Côte d’Ivoire devrait en émettre un deuxième prochainement et d’autre pays vont suivre. On aura à ce moment un panier de sukuks nous permettant de créer un indice à la BRVM. Ceci va donner un indicateur de la situation du risque sur ce type de produits. La banque islamique souhaiterait que cela puisse se faire cette année. Nous allons y travailler.

Comment les investisseurs des pays du Golfe ont-ils réagi aux dernières émissions de sukuks du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ?

Ils ont acquis entre 30 et 40% des titres ; nous souhaiterions que nos sukuks soient acquis à 60-70% par les investisseurs du Golfe. Si nos États diversifient leurs sources de collecte de fonds, il faut que les nouveaux instruments drainent de nouveaux investisseurs.

 

« Nous souhaiterions que nos sukuks soient acquis à 60-70% par les investisseurs du Golfe. »

Vous annoncez la prochaine édition du “BRVM investment day” en 2018 ? Pourquoi une date aussi éloignée ?

Nous voudrions l’organiser en Asie. Mais le contexte chinois, comme vous le savez, n’est pas très favorable cette année. Nous allons commencer, dès 2016, à travailler avec les chambres de commerce de Singapour et de Shanghai. 2017 sera une année d’observation et nous espérons, qu’en 2018, les choses se clarifierons un tout petit peu au niveau de l’Asie. Ce qui ferait qu’un tel événement sera la bienvenu. Ceci dit, l’année prochaine, nous allons organiser à Abidjan la première conférence internationale sur l’intégration des marchés régionaux ouest-africains. C’est un enjeu majeur pour augmenter la taille de nos marchés financiers.

Source : www.jeuneafrique.com